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Cacophonie

Il y a tant de bruit en ce monde, l’oreille est un organe bien utile pour les sons extérieurs, mais bien inutile pour les bruits intérieurs.

Il y a quelques années, lorsque j’ai dis bye au monde pour fermer les yeux et écouter ce que mon intérieur avait à me dire, assise dans la salle de méditation Vipassana, je m’étais engagée pour 10 jours de silence complet. Aucune distraction. Pas d’écriture, pas de lecture, ni de musique. Pas même d’interactions avec les autres humains. En fait, presque, puisque j’avais tout de même la possibilité d’interagir avec moi-même. Lorsque je parlais de mon projet à mon entourage, on me répondait souvent, le sourcil en l’air, que c’était un projet extravagant. Quel intérêt de rester en silence à méditer pendant 10 jours! Il y avait beaucoup plus important à faire et les obligations professionnelles, familiales… « Y-as-tu pensé! »

C’est vrai que le brouhaha de la vie quotidienne a la main mise sur notre liberté de prendre le temps de s’arrêter et de se payer le luxe d’un voyage silencieux. Mais j’ai ressenti ce besoin d’aller vers un silence payant. Bien naïvement, je croyais qu’il me suffirait de fermer les yeux pour trouver le silence. Et bien… Non. Ce n’est pas si simple. Je me suis vite rendu compte que je ne suis jamais seule réellement. A l’intérieur de moi, un monde fourmille, s’affaire à l’ouvrage des pensées. Une autoroute sans feux rouges. Un flot incessant et bruyant, un volcan en éruption… Enfin, je pense que vous saisissez l’idée.

C’est un peu comme ici, à Bangkok. Cette ville à laquelle j’essaie de m’adapter depuis 3 jours. J’ai l’impression parfois de reconnaitre dans cette cacophonie constante qui caractérise la ville, ma ville a moi, ma tête. Mon mental. Caro City. Bon, c’est quand même plus doux qu’ici, du moins ca ne sent pas le kérosène, mais un peu plus le Caro zen. Ma réelle essence.

Bangkok, sa frénésie qui ne semble jamais se détendre… A part dans les temples… Parfois. Comment trouver le silence dans ce bruit constant qui ne finis jamais… En devenant moine? Est-ce ce qui explique en partie ici l’omniprésence de ces fervents de Bouddha? Peut-être que dans la cacophonie, retrouver le silence ne devient plus une question de luxe à se payer, mais plutôt une question de survie spirituelle. Quand la base de la philosophie Bouddhiste est l’éveil… Non pas un réveil dans le bruit, mais bien un éveil dans le silence. Peut-être.

Un jour, on m’a dit que le monde extérieur était le reflet de mon monde intérieur. Et si cette dissonance extérieure était le reflet de notre dissonance intérieure? Le vacarme en dehors nous dérange, nous le fuyons quand nous le pouvons. Nous avons ce choix. Nous nous tournons vers la campagne, la nature, une pièce tranquille dans notre grande maison. Souvent, au lieu de simplement rester dans le silence, nous choisissons les bruits qui feront partie de notre décor. Pourtant, ce sentiment d’absence de sons dissonants est une illusion. Si vous prenez le temps de fermer les yeux pour vous tourner vers vous-même, vous vous rendrez compte qu’il y a une petite voix dans votre tête qui résonne sans cesse et souvent avec fracas!

Je ne sais pas ici, dans cette tumultueuse ville qu’est Bangkok et à travers le filtre de la philosophie Bouddhiste, quel est la relation des habitants avec le silence. J’ai découvert une blogue qui traite de ce problème, crée par des étudiants d’ici et qui militent pour le droit au silence. Militer pour le silence, je trouve cela poétique. Fascinant dans un monde ou le bruit court partout, même en nous.

Préserver le silence intérieur est aussi une quête importante. C’est dans le pays du Bouddha, dans la cacophonie, que j’amorce un périple de retour vers Soi. Militantisme personnel. Dans un monde de sons, je choisi le ton et le rythme, autant que possible, à travers un monde qui est le miroir du show de boucane que donnent mes pensées. En prendre conscience, c’est déjà militer.

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